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L'élection présidentielle iranienne a lieu le 18 juin. Alors que l'ancien président Mahmoud Ahmadinejad, l'ex-chef du Parlement Ali Larijani et plusieurs visages réformateurs connus du grand public ont été écartés du scrutin, sept candidats ont été autorisés à se présenter par le Conseil des gardiens de la constitution pour le poste de président. Plusieurs d'entre eux, dont un des seuls réformateurs, se sont désistés à deux jours du vote. Qui sont les candidats restants ? France 24 a fait le portrait de chacun des concurrents.




Journaliste : Bahar Makooi
Photos : AFP
Graphisme et développement : Studio Graphique France Médias Monde
Édition : Jean-Luc Mounier
Secrétariat de rédaction : Jean-Luc Mounier
Rédaction en chef : Stéphane Bernstein
Direction de la rédaction : Nabil Aouadi, Vanessa Burggraf
Tous droits réservés © Juin 2021
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Ebrahim Raïssi

Le favori ultraconservateur

Tendance : ultraconservateur, principaliste

Actuel chef du pouvoir judiciaire, ce religieux de 60 ans est un proche du Guide suprême, dont il a acquis la confiance au fil des ans en se retrouvant à des postes clés du pouvoir. Figure loyale du régime, il a dirigé durant trois ans la puissante fondation religieuse Astan Qods Razavi, gestionnaire des milliards d’euros de dons issus du pèlerinage au mausolée de l’imam Reza, situé dans le nord du pays. S’il devient président, ce partisan d’une vision "étatiste" ne devrait pas plaider pour l’ouverture de l’économie iranienne aux investisseurs étrangers. Sur le plan des mœurs, il est qualifié de "traditionaliste” et soutenu par les partisans de la ligne dure. Les organisations de défense des droits humains lui reprochent d’avoir ordonné l’exécution de centaines d’opposants politiques quand il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran, à la fin des années 80. Candidat malheureux en 2017 face à Hassan Rohani, il a toutes les chances de l’emporter cette fois. Certains voient même en lui un probable successeur du Guide suprême Ali Khamenei, si celui-ci venait à mourir.

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Saïd Jalili

L’âpre négociateur nucléaire

Tendance : ultraconservateur, principaliste

Discret homme d'appareil, cet ultraconservateur est très proche du Guide suprême, peut-être même davantage que le candidat Ebrahim Raïssi. Proche de la ligne politique de ce dernier, il avait déclaré dans la presse qu’il ne se présenterait pas si Raïssi entrait dans la course à la présidence. C’est pourtant chose faite. Déjà candidat en 2013, il était arrivé en troisième position. Vétéran de la guerre Iran-Irak (1980-1988), Saïd Jalili a perdu une partie de sa jambe droite durant le conflit. Une marque de sacrifice que ses partisans avaient mis en avant lors de sa campagne de 2013. Quasi inconnu des Iraniens jusqu’à sa candidature cette année-là, Saïd Jalili est en revanche bien connu des diplomates étrangers pour son intransigeance dans les négociations sur le nucléaire iranien. Représentant d’Ali Khamenei dans ce dossier, il a été le chef des négociateurs iraniens sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad en 2007.

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Mohsen Rezaï

L’ex-chef des Gardiens de la révolution

Tendance : ultraconservateur

Actuel secrétaire du Conseil de discernement – l’équivalent iranien du Conseil d’État –, il se présente pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, après des échecs en 2005, 2009 et 2013. Le “candidat perpétuel" est parfois moqué par les Iraniens sur les réseaux sociaux pour son acharnement et admiré par ceux de son camp pour sa persévérance. Ancien commandant en chef des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique, il est le seul candidat issu des rangs militaires à avoir été autorisé à se présenter. Ultraconservateur, Mohsen Rezaï ne fait pas partie de la branche la plus dure de ce courant. À la tête des Gardiens de la révolution pendant la guerre avec l’Irak, dans les années 90, il a accompagné leur expansion dans le secteur économique avec le développement de puissantes entreprises dans les domaines de la construction et des infrastructures. Diplômé en Économie, il saura mettre en avant son expertise dans cette campagne cristallisée par la crise économique que traverse le pays. Sur le plan international, Mohsen Rezaï fait l'objet d'un mandat d'arrêt international d'Interpol, soupçonné d’avoir joué un rôle dans l’attentat à la bombe contre le centre juif de l’AMIA à Buenos Aires, en 1994.

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Abdolnasser Hemmati

Le financier réformateur

Tendance : réformateur

Gouverneur de la Banque centrale iranienne dans un Iran en pleine crise économique, Abdolnasser Hemmati – qui a fait carrière dans la finance, à la tête de plusieurs banques et assurances iraniennes – fait l’objet des attaques les plus virulentes de la part de ses adversaires ultraconservateurs dans cette course à la présidence. Ces derniers rejettent la responsabilité de la crise sur ce technocrate, lui reprochant de défendre le bilan économique du gouvernement de Hassan Rohani. Surnommé “le Rohani faible” par ses détracteurs, Abdolnasser Hemmati pourrait toutefois capter la sympathie de l’électorat réformateur, si celui-ci se décide à aller voter, malgré les appels au boycott émanant de grandes figures de ce camp. Ami de Mohammad Javad Zarif, il a promis de garder l'actuel ministre des Affaires étrangères dans son cabinet s'il était élu. Et sur les réseaux sociaux, il a osé franchir une ligne rouge en déclarant qu'il “pleurait” les victimes des violentes manifestations de novembre 2019 et qu'il œuvrerait pour que justice leur soit rendue.

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Alireza Zakani

Le député de Qom

Tendance : ultraconservateur, principaliste

Encore un candidat proche de la ligne d’Ebrahim Raïssi. Disqualifié par deux fois en 2005 et en 2017 par le Conseil des gardiens de la constitution, le député de la très conservatrice province de Qom, principal centre théologique en Iran, a vu sa candidature approuvée pour cette élection. Propriétaire du média en ligne conservateur Jahan News, il est adepte des déclarations publiques et fait partie des parlementaires qui se sont opposés à la signature de l’accord sur le nucléaire en 2015. Sans être fermement contre des négociations avec les Occidentaux, Alireza Zakani est sur une ligne plus dure que l’équipe de négociateurs actuels. Principaliste, et donc fidèle aux volontés de l’ayatollah Ali Khamenei, il a déclaré que "de l'approbation du Guide suprême dépendra l'existence de négociations".

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Mohsen Mehralizadeh

L’ancien vice-président de Khatami

Tendance : réformateur

Il est l’un des deux seuls candidats réformateurs de cette élection. Peu connu du grand public, Mohsen Mehralizadeh a pourtant été l’ancien vice-président de Mohammad Khatami (2001-2005), dont il revendique l’héritage. Cet ancien gouverneur de la province d’Ispahan est le candidat qui a lancé les attaques les plus virulentes contre le favori ultraconservateur Ebrahim Raïssi, notamment sur le terrain des droits de l’Homme, rappelant son rôle présumé dans les exécutions massives d’opposants en 1988. S’adressant à l’électorat féminin, il a aussi regretté l'interdiction d’entrée dans les stades pour le public féminin et a promis de nommer trois femmes dans son cabinet en tant que ministres, ou en tant que vice-présidentes. Pour autant, Mohsen Mehralizadeh n’est pas clairement soutenu par les réformateurs, qui sont tentés par le boycott en raison de l’invalidation des candidatures de plusieurs figures de premier plan dans leurs rangs. Mohsen Mehralizadeh, lui, a l’autorisation de concourir à chaque élection. Déjà candidat lors de la présidentielle de 2005, le réformateur avait été repêché à la dernière minute par le Conseil des gardiens de la constitution à la demande du Guide suprême en personne.

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Amirhossein
Ghazizadeh-Hachémi

Le plus jeune des ultraconservateurs

Tendance : ultraconservateur

Député ultraconservateur de la province de Mashhad, ville sainte du nord de l’Iran, Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi, âgé de 50 ans, est le plus jeune des candidats. Atout qu’il met en avant pour se positionner comme le représentant de la nouvelle génération d’ultraconservateurs iraniens. Ce médecin et chirurgien de formation est peu connu des électeurs. Il a été membre pendant plusieurs années d’un parti très fondamentaliste, proche de Mahmoud Ahmadinejad. Sans grande expertise économique, Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi a promis de régler "en trois jours" les problèmes de la Bourse, en chute libre depuis des mois. Il a aussi annoncé une liste de mesures populistes, dont des prêts pour les jeunes couples mariés. Le candidat s’est révélé assez discret lors des débats télévisés précédant l’élection, se bornant à énoncer son programme.