Textes: Amara Makhoul pour FRANCE 24

PATRIMOINE SYRIEN EN DANGER

La sanglante bataille qui oppose depuis deux ans rébellion et forces du régime n’en finit pas de détruire la Syrie. Alors que la population compte ses morts par dizaines de milliers, la communauté internationale assiste impuissante à la destruction quasi-systématique d’un patrimoine architectural inégalé dans la région. La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a une nouvelle fois appelé le 1er mars à l’arrêt des violences et à la protection des richesses archéologiques. Mais pilleurs et combattants restent sourds aux protestations internationales. Revue de l’étendue des dégâts.

Krak des chevaliers

Construite par l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem entre 1142 et 1271, la célèbre forteresse du Krak des Chevaliers est située sur des hauteurs non loin de Homs. Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2006, la forteresse figure parmi les châteaux des Croisades les mieux préservés. Longtemps un passage obligé pour les touristes visitant la Syrie, le Krak a été à plusieurs reprises le théâtre de combats depuis juin 2012. Selon plusieurs sources concordantes, les rebelles y avaient trouvé refuge et l’armée syrienne les y a poursuivis, n’hésitant pas à viser l’édifice de ses tirs de mortier.

Vieille ville et Citadelle d’Alep

Au carrefour de plusieurs routes commerciales, Alep porte l’empreinte des divers peuples qui l’ont traversée depuis le IIe millénaire av. J.-C., dont les Grecs, les Romains ou encore les Ottomans. Emblème de la ville, la gigantesque citadelle élevée au XIIe siècle abrite les vestiges de mosquées, de palais et de thermes et témoigne de la puissance arabe de l’époque. À l'extérieur des murs d'enceinte, le quartier de Bab al-Faraj au nord-ouest, le quartier de Jdeïdé au nord, et d'autres quartiers au sud et à l'ouest abritent d'importants monuments religieux et des belles demeures. Longtemps épargnée par le conflit, la ville d’Alep connaît ses premières violences lorsque les rebelles décident d’y donner un assaut décisif le 20 juillet 2012. Un mois plus tard, la citadelle est touchée par un premier obus, puis c’est un incendie qui ravage les souks de la vielle ville. Régime et insurgés s’en rejettent la responsabilité.

La mosquée des Omeyyades d’Alep

Avec la citadelle et la vieille ville, la mosquée des Omeyyades d’Alep forme un ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité. L’édifice qui date du XIIIe siècle a durement souffert des combats et des bombardements. Neuf mois après le début des violences à Alep, la plus grande mosquée de la ville est en grande partie dévastée.

Palmyre

L’ancien fief de la reine Zénobie a longtemps attiré les touristes du monde entier. Les amateurs d’archéologie venaient, en particulier, admirer les vestiges de la grande cité qui fut l'un des plus importants foyers culturels du monde antique. Située dans le désert, au nord-est de Damas, Palmyre est durant de long mois restée à l’écart du soulèvement. Mais début 2013, la région est gagnée par les violences. Le temple de Baal a été sérieusement endommagé dans des combats entre rebelles et forces loyalistes.

Des ONG ont alerté à plusieurs reprises des menaces de pillages qui pèsent sur le site.

Qalaat al Madiq

Située près des ruines antiques d’Apamée, dans la province de Hama, la citadelle médiévale d’al Madiq a énormément souffert du conflit. Des images montrent des pans de muraille s’effondrant suite aux bombardements intenses de l’armée syrienne - notamment en avril 2012, quand des rebelles y avaient trouvé refuge.

Pillages

En plus des destructions liées aux combats, les organisations de défense de l’héritage culturel dénoncent les pillages, comme ce fut le cas en Irak en 2003 ou en Égypte en 2012. Plusieurs musées syriens ont signalé des vols, notamment à Homs, où la situation est particulièrement chaotique depuis plusieurs mois. L’organisation internationale de police Interpol a par ailleurs été informée du vol début 2012 d’une mosaïque antique de grande valeur au musée qui jouxte les ruines d’Apamée, dans le nord-ouest du pays.

Bosra

Autre site emblèmatique du patrimoine culturel syrien, le théâtre antique de Bosra accueillait encore jusqu’à récemment des spectacles. Les murs d’un temple romain voisin ont été un temps drapés de slogans favorables à la rébellion. ‘’[Les rebelles] ont remarqué qu’ils pourraient jouir de cette façon d’une attention internationale’’, expliquait à FRANCE 24 en juillet 2012 Mathilde Gelin, archéologue et chercheuse au CNRS et à l’Institut français du Proche-Orient.

Doura Europos

Situé à l’extrême sud-est de la Syrie, non loin de la frontière irakienne, le site de Doura-Europos est souvent appelé la ‘’Pompéi du désert’’. Il abrite les vestiges d’une ville primitive datant du IVe siècle avant JC, où se sont succédés divers peuples - Macédoniens, Grecs, Romains. La synagogue est le lieu le plus étudié du site. Les fouilles, commencées en 1920, sont toujours en cours à l’heure actuelle. Le musée du site ainsi que le centre de recherche ont été l’objet de pillages en juillet 2012.