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ATTENTATS
L'enquête avance

Mise à jour le 04 décembre - 18h00
Vendredi 13 novembre au soir, Paris était frappée par une série d’attaques terroristes sans précédent, revendiquées par l’organisation de l’État islamique (EI). Au moins 130 personnes sont décédées et des dizaines d’autres se trouvent dans un état critique. Ces attentats ont été perpétrés par trois équipes de terroristes en cours d’identification par les enquêteurs. Résumé de ce que l’on sait des auteurs de cette folie meurtrière.

Salah Abdeslam, le fugitif

Salah Abdeslam (en fuite). Le jeune frère de Brahim est devenu le fugitif le plus recherché d’Europe depuis les attentats du 13 novembre. Ce Français de 26 ans est le seul membre des commandos terroristes de Paris et Saint-Denis à être encore en vie. Son rôle exact dans les tueries parisiennes n’a toutefois pas encore pu être déterminé.

Avant les évènements, Salah Abdeslam a loué à son nom la Polo noire qui a servi à l’équipe du Bataclan, ainsi qu’une Clio retrouvée dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Il a également réservé des chambres d’hôtel utilisées avant les attentats. Par ailleurs, selon une source gouvernementale hongroise qui s’est exprimée sous couvert d'anonymat, Salah Abdeslam a "recruté une équipe" parmi des migrants ayant transité par la gare de Budapest, en amont des attaques.

Le soir des faits, il aurait convoyé les kamikazes du Stade de France, selon une piste étudiée par les enquêteurs. Le doute persiste sur la mission qu’il était censé accomplir : devait-il commettre un attentat dans le XVIIIe, comme évoqué dans la revendication de l’organisation de l’État Islamique ?

Une ceinture d'explosifs a par ailleurs été retrouvée à Montrouge, au sud de Paris, près d'un endroit où il a été localisé après les tueries. Depuis, il est introuvable. Selon les enquêteurs, quatre personnes différentes lui auraient servi de chauffeur jusqu’en Belgique et à Bruxelles.

Les enquêteurs savent que ce Français, qui vit dans le quartier bruxellois de Molenbeek, a été contrôlé au niveau de la ville française de Cambrai, en route vers la Belgique, samedi 14 novembre au matin. Les policiers ont laissé partir ce jeune homme, qui n’était alors pas recherché et était inconnu des autorités françaises. La voiture a été retrouvée par la police belge samedi 14 novembre dans l’après-midi, dans le quartier de Molenbeek. Salah Abdeslam n’était plus à bord.

Les enquêteurs n’excluent pas que ce suspect se soit réfugié en Syrie.




La filière belge

Plusieurs inculpations, un nouvel avis de recherche et un suspect numéro 1 toujours en fuite. C’est le bilan provisoire de l’enquête pour démêler les fils belges des attentats du 13 novembre. Principal point noir : la cible prioritaire des policiers belges, le terroriste soupçonné d’avoir participé aux attentats à Paris Salah Abdeslam n’a pas encore été appréhendé.

Les autorités ont, en revanche, inculpé Mohamed Amri et Hamza Attou qui ont reconnu avoir conduit Salah Abdeslam en Belgique dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 novembre. Ces deux hommes, originaires du quartier bruxellois de Molenbeek, nient cependant avoir été au courant de l’implication de leur passager dans les attentats de Paris.

Un autre individu, Abraimi Lazez, a également été inculpé pour ses liens présumés avec Salah Abdeslam. Ce Marocain, âgé de 39 ans, est soupçonné d’avoir aidé le fugitif lors de son passage à Bruxelles. Il a été interpellé, jeudi 19 novembre, à bord d’une Citroën dans laquelle les policiers ont retrouvé des traces de sang et une arme de poing. Abraimi Lazez nie avoir été en contact avec Salah Abdeslam et affirme ne le connaître “que de vue”.

Un autre inculpé, Ali Oulkadi, a avoué avoir lui aussi servi de chauffeur à Salah Abdeslam dans la capitale belge.

L'identité du cinquième inculpé n'a pas été dévoilée, mais selon les médias belges, il s'agit d'Abdeilah Chouaa, dont on ignore encore quels sont les liens avec les attentats de Paris.

Le sixième est, selon les médias, Mohamed Bakkali, qui serait le locataire d'une habitation perquisitionnée le 26 novembre à Auvelais, dans la région de Namur, soupçonnée d'avoir servi de cache. Il a été inculpé "pour assassinats terroristes et participation aux activités d'un groupe terroriste".

Samir Z. et Pierre N. ont également été interpellés, le 29 novembre, respectivement à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem et à Molenbeek-Saint-Jean. Ils ont tous deux été inculpés pour "participation aux activités d'un groupe terroriste" et ont été placés en détention provisoire, a indiqué le parquet fédéral. Samir Z., un Français né en 1995 qui réside dans la commune bruxelloise de Molenbeek, "est suspecté d'avoir tenté de se rendre en Syrie à au moins deux reprises et ferait partie de l'entourage de Bilal Hadfi", l'un des kamikazes des attentats qui s'est fait exploser au Stade de France le 13 novembre.

L’enquête a aussi mené les policiers belges sur la piste d’un autre suspect, Mohamed Abrini, visé par un mandat d’arrêt international depuis le 24 novembre. Ce Belge d’origine marocaine, âgé de 30 ans, a été identifié sur une vidéo de caméra de surveillance d’une station service dans l’Oise en compagnie de Salah Abdeslam, deux jours avant les attentats. Il était alors au volant de la Clio qui a servi aux terroristes le 13 novembre.

Un des proches de ces suspects, Ahmed Dahmani, Belge d’origine marocaine âgé de 26 ans, a quant à lui été arrêté en Turquie, où il était arrivé le 14 novembre, au lendemain des attentats. Il est soupçonné d’avoir aidé à repérer des cibles à Paris.




Raid à Saint-Denis le 18 novembre

Les forces de police du Raid et de la BRI ont mené, mercredi 18 novembre, une vaste opération à Saint-Denis, au nord de Paris, au cours de laquelle Abdelhamid Abaaoud, suspecté d’être l’instigateur des attentats de Paris, a été tué. La cousine de ce dernier, Hasna Aït Boulahcen, a également été tuée et un autre homme non-identifié est mort en kamikaze.

Ce troisième homme pourrait avoir formé, avec Abaaoud et Brahim Abdeslam, le commando qui a mitraillé plusieurs terrasses de cafés et restaurants au soir du 13 novembre.

Abaaoud et son complice non-identifié prévoyaient de se faire exploser dans le quartier d’affaires de La Défense, les 18 ou 19 novembre, a précisé le procureur François Molins.

Huit personnes ont également été interpellées à la suite de ce raid, avant d’être toutes relâchées, sauf une : Jawad Bendaoud, surnommé le "logeur de Saint-Denis", qui a fourni l’appartement où Abdelhamid Abaaoud avait trouvé refuge. Ce dernier, présenté comme "un petit caïd" au lourd passé judiciaire, a été mis en examen et incarcéré le 24 novembre. Il est à ce jour la seule personne à avoir été mise en examen dans l'information judiciaire ouverte à Paris sur les attentats du 13 novembre.

Par ailleurs, un certain Mohamed S., 25 ans, a été interpellé mardi 1er décembre dans les Hauts-de-Seine. Il est soupçonné d'avoir été un intermédiaire entre Hasna Aït Boulahcen et Jawad Bendaoud.






Le maître d'œuvre


Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar “le Belge”, maître d'œuvre des attentats, a été tué lors de l'assaut donné mercredi 18 novembre par le Raid à Saint-Denis. L’enquête a pu établir qu’il a aussi fait partie du groupe ayant tiré sur les bars des Xe et XIe arrondissements de Paris.

Il projetait également de commettre un attentat dans le quartier d’affaires de La Défense, à l’est de Paris, probablement “le 18 ou le 19 novembre”, selon le procureur de la République François Molins. Les enquêteurs sont convaincus qu’Abdelhamid Abaaoud s’est rendu, vendredi 13 novembre, aux abords du Bataclan, alors que les policiers étaient encore en train d’intervenir pour neutraliser les terroristes à l’intérieur de la salle de concert.

Ce jihadiste belge, originaire du quartier bruxellois de Molenbeek, était un proche du fugitif Salah Abdeslam. Ses empreintes ont été retrouvées sur une kalachnikov dans la Seat louée par Brahim Abdeslam et retrouvée à Montreuil. Il a par ailleurs été filmé, le 13 novembre vers 22 h, par une caméra dans le métro à Montreuil, près du lieu où la voiture a été abandonnée.

Le mystère plane toujours autour de ce personnage clé de l’affaire, bien connu des services de renseignement, qui était parti en Syrie en 2013. Depuis quand était-il en Europe ? S'il avait voulu mourir en martyr, pourquoi Abaaoud ne s'est-il pas fait exploser quand il est revenu près du Bataclan ? De même, pourquoi avoir laissé des armes et ses empreintes, permettant de retrouver sa trace, dans la Seat à Montreuil si, comme les enquêteurs le pensent, il prévoyait de frapper de nouveau ?

L’implication de ce jeune homme de 28 ans avait déjà été évoquée dans plusieurs affaires récentes liées au terrorisme en France et en Belgique. Il aurait joué un rôle dans l’attaque ratée du Thalys en août dernier, il était également en contact avec le jihadiste français Mehdi Nemmouche, responsable de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014. Il est également considéré comme le cerveau de la cellule terroriste de Verviers (Belgique), démantelée une semaine après les attentats contre “Charlie Hebdo”.





La “voix” de l’EI

Le jihadiste français Fabien Clain a été identifié, mardi 17 novembre, comme étant “très probablement” celui qui lit la revendication des attentats de Paris au nom de l’organisation terroriste de l’État islamique (EI).
Ce jeune homme de 36 ans, originaire de l’île de La Réunion, est un proche de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban en 2012. Il est aussi soupçonné d’avoir été le commanditaire de l’attentat raté de l’église de Villejuif en 2014.
Fabien Clain a rejoint les troupes de l’EI en Syrie après sa sortie de prison l’an dernier. Il y a purgé une peine pour avoir animé une filière d’acheminement d’aspirants jihadistes vers l’Irak.
Il est considéré comme l’un des vétérans du jihadisme français. Fabien Clain a fait partie de la communauté islamiste de l’Artigat, du nom d’un village en Ariège, considérée comme l’un des berceaux de l’islamisme radical en France. Son mentor de l’époque, Olivier Corel, a été placé en garde à vue mardi 24 novembre pour détention illégale d'un fusil de chasse, puis condamné à six mois de prison avec sursis le lendemain. Aussi appelé l’”émir blanc”, ce Français d’origine syrienne de 69 ans, est soupçonné d’avoir assuré l’endoctrinement religieux du terroriste Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012.




Les assaillants du Bataclan



À 21 h 49, une Polo noire s’arrête devant le Bataclan. Trois hommes en descendent, dont l'un n'a toujours pas été identifié, entrent dans la salle de concert parisienne et tirent sur la foule. Ils prennent en otage une partie des spectateurs durant plusieurs heures. Au final, 90 personnes sont mortes dans l’attaque.
Samy Amimour (mort). Ce Parisien de 28 ans, originaire de Drancy, a été formellement identifié comme étant l’un des kamikazes du Bataclan.
Samy Amimour avait été mis en examen en 2012 pour association de malfaiteurs en liaison avec une entreprise terroriste à la suite d'un “projet de départ avorté vers le Yémen”, d’après François Molins, procureur de Paris.
Il avait néanmoins rejoint la Syrie en 2013 et était depuis visé par un mandat d'arrêt international.

Ismaël Omar Mostefaï (mort). Il est le premier de l’équipe du Bataclan à avoir été identifié, grâce à un doigt retrouvé sur les lieux.
Âgé de 29 ans et père d’un enfant de 5 ans, il faisait depuis 2010 l’objet d’une fiche “S” (pour “atteinte à la sureté de l’État”) des services de renseignement pour sa radicalisation religieuse.
Ismaël Omar Mostefaï a vécu à Chartres “au moins jusqu'à 2012” d’après le député-maire de la ville, Jean-Pierre Gorges. Entre 2004 et 2010, il avait été condamné à huit reprises pour des délits mineurs (vols, conduite sans permis ou encore outrages), mais jamais pour des faits en relation avec le terrorisme. Il a toujours échappé à la prison.
Ce natif de Courcouronnes (Essonne, région parisienne), aurait également effectué un séjour en Syrie à l’automne 2013, d’après les informations du “Monde”.

Foued Mohamed-Aggad (mort). Il est le dernier des trois kamikazes du Bataclan à avoir été identifié, après comparaison de son ADN avec ceux de certains membres de sa famille.
Originaire du quartier sensible de la Meinau à Strasbourg, Foued Mohamed-Aggad, 23 ans, était parti en Syrie en 2013 avec son frère et un groupe d'amis. La plupart sont rentrés puis ont été interpellés en mai 2014 en France. Lui, était resté sur place.
À l’instar d’Abdelhamid Abaaoud, le coordonnateur présumé des attentats de Paris, le jeune Strasbourgeois était connu pour mettre en scène sa vie de combattant jihadiste sur les réseaux sociaux. Contrairement à Samy Amimour et Ismaël Omar Mostefaï, les deux autres kamikazes du Bataclan, il "n'avait pas de passé judiciaire ou carcéral", selon David Thompson, journaliste de RFI et spécialiste des milieux jihadistes.




Les assaillants du Stade de France

À 21h20, un premier kamikaze actionne sa ceinture d’explosifs à proximité de la porte D du Stade de France où le match amical France-Allemagne est en cours, en présence du président français François Hollande. Dix minutes plus tard, le deuxième assaillant se fait exploser aux abords de la porte H. À 21 h 53, le troisième terroriste fait de même à 400 mètres du stade, à proximité d’un restaurant.

Bilal Hadfi (mort). Âgé de 20 ans, ce Français n'a pas réussi à pénétrer dans le Stade de France et s’est fait exploser aux abords de l’enceinte. Bilal Hadfi a été formellement identifié dimanche. Ce jeune homme vivait à Neder-over-Heembeek, un quartier de Bruxelles. Le quotidien flamand “Het Laatste Nieuws” affirme qu'il se serait radicalisé à partir du printemps 2014. Il aurait effectué un voyage en Syrie, selon le “Washington Post“ et plusieurs médias belges.

Inconnu et Inconnu (tous deux morts)
Ces deux hommes se sont fait exploser aux abords du stade et n’ont toujours pas été officiellement identifiés. À côté du corps de l’un d’eux, a été retrouvé un passeport syrien au nom d'Ahmad al-Mohammad, un soldat de l’armée syrienne régulière, décédé. L’homme avait été contrôlé le 3 octobre sur l'île grecque de Leros, selon ses empreintes, parmi des réfugiés fuyant la Syrie. Un appel à témoins avec photo a été diffusé, sans résultat à ce jour.

L’autre kamikaze présente un cas de figure similaire : il détenait un passeport syrien au nom de Mohammad al-Mahmod, ayant lui aussi été enregistré sur l’île de Leros.



Le commando des terrasses

À 21h20, trois tireurs ouvrent le feu sur les clients du bar Le Carillon et du restaurant Le Petit Cambodge, dans le XIe arrondissement, tuant 14 personnes. Dix minutes plus tard, dans le Xe arrondissement, ce sont le bar La Bonne Bière et la pizzeria Casa Nostra qui sont visés, entraînant la mort de cinq personnes. Puis, 19 clients et employés du café La Belle Équipe décèdent sous les balles des terroristes à 21 h 40. Cinq minutes plus tard, l’un des assaillants se fait exploser devant une brasserie du boulevard Voltaire.


Brahim Abdeslam (mort). Ce Français de 31 ans, résident du quartier bruxellois de Molenbeek, s’est fait exploser devant la brasserie Comptoir Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris, à 21 h 43, sans faire d’autres victime que lui-même. Il était le frère de Salah Abdeslam, toujours recherché par la police.

C'est à son nom qu'a été louée la Seat qui a servi aux assaillants des deux arrondissements de l'Est parisien.

Abdelhamid Abaaoud (mort). Le maître d’œuvre présumé des attentats était également membre de l’équipe qui a semé la mort dans les Xe et XIe arrondissements de Paris. Il prévoyait de commettre un autre attentat avec un complice dans le quartier d’affaires de La Défense, mais a été tué par les forces de l’ordre lors du raid à Saint-Denis le 18 novembre.

Inconnu (mort). Le troisième homme qui aurait pris part à ces fusillades est pour l’instant inconnu. Cela pourrait être le même homme qui est mort en kamikaze durant l’assaut de l’appartement à Saint-Denis.



L'artificier

Découvrir l’identité de l’artificier, celui qui a fabriqué les bombes dont étaient munis les kamikazes, est l’une des priorités des enquêteurs. L’extrême instabilité de l’explosif utilisé par les terroristes, le TAPT (Triacétone triperoxyde), laisse à penser que le mélange n’a pas été transporté sur une grande distance, mais fabriqué sur le sol français. Le fabriquant de ces bombes est probablement encore en vie car les artificiers sont très protégés par les organisations terroristes : ce sont des hommes clés dans tout projet d’attentat.




Crédits

Par Sebastian SEIBT pour France 24
Conception, graphisme et développement : Studio Graphique France Médias Monde